(paru originalement dans la Gazeta papier de début septembre)

Victor Hugo disait « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ». Malgré l’école devenue obligatoire, les prisons se sont multipliées et restent fermées.

Nous voulions ouvrir les portes de la prison, rendre visible ce qui est caché derrière les murs barbelés et les portes cadenassées. Recréer ce lien rompu entre ceux du dedans et ceux du dehors. Faire ce que l’on sait faire, de l’éducation populaire, en prison. Deux solutions pour entrer : se faire coffrer, ou être validés par l’administration pénitentiaire. Si nous avons exclu d’emblée la première, nous avons dû écarter la seconde pour le moment. Les associations qui entrent en prison sont triées sur le volet, et doivent montrer patte blanche. Pas de politique ! Le GENEPI en a fait les frais en 2021 : les étudiants bénévoles qui tenaient des ateliers éducatifs ont du cesser leurs activités. Leur tort ? Ne pas cautionner le système carcéral. En France, on ne peut pas entrer en prison et critiquer la prison. Exception faite de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonneau, une voix précieuse, puissante, mais bien isolée, qui ose témoigner et dénoncer ce qu’elle voit entre les murs.

Une autre association marche dans les pas du GENEPI, Albin. Leur stratégie est différente, ils ont choisi de se plier à la règle de neutralité. Pour agir sur le terrain, il faut faire ce compromis, suspendre son jugement, restreindre son ambition. Le principe : des maîtres de conférences offrent des cours aux détenus volontaires. Ca paraît simple, c’est pourtant délicat, il ne faut surtout pas se mettre à dos la Pénitentiaire. Quitte à être des supplétifs, à servir de caution pour une administration française condamnée par la CEDH en 2020 pour traitements inhumains et dégradants. Il est difficile d’imaginer que la situation s’est améliorée depuis, vu la victoire médiatique des discours autoritaires. D.Simonneau, invitée par Albin, l’affirme haut et fort : les politiciens savent mais ne font rien, par lâcheté ! On préfère donner des subventions à quelques associations qui font illusion, plutôt que de changer une structure intouchable, un Etat (autoritaire) dans l’Etat (lui-même de plus en plus autoritaire). Après tout, n’est-ce pas le destin de toute association de servir de béquille à un Etat défaillant et maltraitant ? Mais soyons fiers de cette réussite riomoise, cette association basée à Clermont-Ferrand a débuté ses actions dans la prison de Riom et a pris en quelques années une ampleur nationale.

Alors que faire ? Si l’éducation universitaire affronte de tels obstacles, imaginez l’éducation populaire ! Il n’y a pas de démocratie en prison, c’est le règne du capitalisme autoritaire, où face à la toute puissance de l’administration, chacun tente de tirer son épingle du jeu. Impossible de rentrer, donc nous avons pensé un atelier pour nous éduquer nous-mêmes : « La prison, vue du dehors ». Après avoir essuyé un refus de la Médiathèque RLV – « sujet trop politique » – le Centre Social nous a hébergé en s’assurant que nous n’évoquerions pas les élections. Nous avons alors invité des gens qui y étaient rentrés, bon gré ou mal gré. On a discuté de ce qu’on imaginait, de ce qui s’y passait vraiment, de ce qu’on pourrait faire nous, depuis à côté. On s’est révoltés face à l’indignité des conditions de vie, de l’isolement physique, de la destruction psychologique par l’Etat de ses « mauvais » citoyens. On a rigolé (jaune) en visionnant l’indécence d’un journaliste local qui lui a obtenu le pass : complaisant avec l’administration, méprisant avec les détenus, il a fait le buzz en racontant sa visite au zoo, fuyant comme Darmanin en mai sous la bronca du peuple prisonnier. L’Etat et les médias, coupables et complices. Notre éducation populaire sur la prison ne faisait que commencer, nous allions désormais tenter de comprendre comment les gens échouaient au Monopoly social : la case prison…

Thomas