
(paru originalement dans la Gazeta papier de début septembre)
Voilà une phrase qu’il est fort probable d’entendre lors du mouvement du 10 septembre, comme d’ailleurs, il est possible de l’entendre plutôt souvent dans la société de manière générale, et particulièrement dans les médias. La dernière fois que je l’ai entendue, c’était de la bouche de la boulangère, se plaignant qu’elle n’arrivait pas, à cause du poil universel dans la main des chômeur·euses, à trouver quelqu’un à employer (peut-être car son offre ne respectait pas vraiment le code du travail, je dis ça, je dis rien !). Rien d’étonnant cependant de sa part : c’est dans son intérêt. « Comment ça ? » me demanderiez vous, « le pain est meilleur lorsque la boulangère le pétrit en crachant sur les chômeur·euses ? », pas du tout, rien à voir avec son travail, mais plutôt avec sa position, car oui, ce qui était important à noter, c’est que la boulangère ici emploie des gens, elle est donc patronne, dans le sens où elle possède une entreprise, entreprise qui a essentiellement pour but de lui être rentable, de lui faire du profit, ici via son propre travail mais aussi celui de ses salarié·es. Ainsi, elle a tout intérêt à employer des gens qui travaillent le plus possible pour le moins possible, comme tout·e bon·ne patron·ne qui se respecte, que l’entreprise soit une petite boulangerie ou une multinationale ! Je ne dis pas, bien sûr, que l’intégralité des boulangères sont comme elle, il y en a des biens ! Cependant, ici cette petite phrase banale contre les chômeur·euses et la précarité de l’emploi qu’elle proposé sont en accord total avec les intérêts de sa position de patronne, elle a, consciemment ou non (non dans la plupart des cas), la meilleure opinion possible pour servir les intérêts de sa position. Mais quel rapport avec les chômeur·euses ? Parce qu’insulter les chômeur·euses de branleur·euses, et surtout répandre cette idée chez les salarié·es permet d’instaurer un climat de peur, la peur de se retrouver au chômage, la peur de devenir un·e gros·se branleur·euse, la peur de soi-disant rater sa vie. Et cet épouvantail nourrit un seul but : celui de tenir le monde du travail à carreaux, il agit comme une menace, une épée de damoclès, permettant de faire tout accepter, même les pires manquements au droit du travail, les pires contrats (tiens donc !), la pire des casses sociales. « Accepte ce job de merde, ou tu deviendras comme ces gens là, que tu répugnes ! Tu n’as pas envie d’être comme eux non ? Toi t’es un·e bosseur·euse, pas un·e branleur·euse. ». Et ainsi, le patronat (du plus petit au plus grand hein !) se crée une armée de réserve de privé·es d’emploi, capables de remplacer n’importe quel·le salarié·e qui ferait un prout de travers, capables d’accepter le pire job au plus on est précaire. Eh oui, c’est pour ça que la courbe ne baisse jamais ! Car c’est dans leurs intérêts qu’elle reste ainsi. Alors à tous les travailleur·euses, traitez nous comme vos camarades ! Cessez de répéter cette phrase dévastatrice aussi bien pour nous que pour vous ! Si notre situation est si enviable, pourquoi ne vous mettez vous pas au chômage ? Sauf que ce n’est pas le cas. Mais si nous sommes soudé·es, ils trembleront, et nous vaincrons.
MaëlC
