La Gazeta d'Ambèna

Chômeur·euses : tous·tes des branleur·euses ?

QUI BRANLE RIEN ? Axel Dumas patron de Hermes ? 163Md€ (flèche qui pointe Axel Dumas énormissime samer avec son beau crâne luisant) Un·e ouvrier·e chez Hermes ? 1900€ brut/mois (flèche qui pointe un tout pitit point microscopique) Un·e chômeur·euse ? ~800€/mois (flèche qui pointe un autre tout pitit point microscopique à côté) Encart : RAPPEL : 1Md = 1000 millions et 1 million = 1000x1000

(paru originalement dans la Gazeta papier de début septembre)

Voilà une phrase qu’il est fort probable d’entendre lors du mouvement du 10 septembre, comme d’ailleurs, il est possible de l’entendre plutôt souvent dans la société de manière générale, et particulièrement dans les médias. La dernière fois que je l’ai entendue, c’était de la bouche de la boulangère, se plaignant qu’elle n’arrivait pas, à cause du poil universel dans la main des chômeur·euses, à trouver quelqu’un à employer (peut-être car son offre ne respectait pas vraiment le code du travail, je dis ça, je dis rien !). Rien d’étonnant cependant de sa part : c’est dans son intérêt. « Comment ça ? » me demanderiez vous, « le pain est meilleur lorsque la boulangère le pétrit en crachant sur les chômeur·euses ? », pas du tout, rien à voir avec son travail, mais plutôt avec sa position, car oui, ce qui était important à noter, c’est que la boulangère ici emploie des gens, elle est donc patronne, dans le sens où elle possède une entreprise, entreprise qui a essentiellement pour but de lui être rentable, de lui faire du profit, ici via son propre travail mais aussi celui de ses salarié·es. Ainsi, elle a tout intérêt à employer des gens qui travaillent le plus possible pour le moins possible, comme tout·e bon·ne patron·ne qui se respecte, que l’entreprise soit une petite boulangerie ou une multinationale ! Je ne dis pas, bien sûr, que l’intégralité des boulangères sont comme elle, il y en a des biens ! Cependant, ici cette petite phrase banale contre les chômeur·euses et la précarité de l’emploi qu’elle proposé sont en accord total avec les intérêts de sa position de patronne, elle a, consciemment ou non (non dans la plupart des cas), la meilleure opinion possible pour servir les intérêts de sa position. Mais quel rapport avec les chômeur·euses ? Parce qu’insulter les chômeur·euses de branleur·euses, et surtout répandre cette idée chez les salarié·es permet d’instaurer un climat de peur, la peur de se retrouver au chômage, la peur de devenir un·e gros·se branleur·euse, la peur de soi-disant rater sa vie. Et cet épouvantail nourrit un seul but : celui de tenir le monde du travail à carreaux, il agit comme une menace, une épée de damoclès, permettant de faire tout accepter, même les pires manquements au droit du travail, les pires contrats (tiens donc !), la pire des casses sociales. « Accepte ce job de merde, ou tu deviendras comme ces gens là, que tu répugnes ! Tu n’as pas envie d’être comme eux non ? Toi t’es un·e bosseur·euse, pas un·e branleur·euse. ». Et ainsi, le patronat (du plus petit au plus grand hein !) se crée une armée de réserve de privé·es d’emploi, capables de remplacer n’importe quel·le salarié·e qui ferait un prout de travers, capables d’accepter le pire job au plus on est précaire. Eh oui, c’est pour ça que la courbe ne baisse jamais ! Car c’est dans leurs intérêts qu’elle reste ainsi. Alors à tous les travailleur·euses, traitez nous comme vos camarades ! Cessez de répéter cette phrase dévastatrice aussi bien pour nous que pour vous ! Si notre situation est si enviable, pourquoi ne vous mettez vous pas au chômage ? Sauf que ce n’est pas le cas. Mais si nous sommes soudé·es, ils trembleront, et nous vaincrons.

MaëlC

Gare de Riom – Châtel-Guyon : un aménagement à la hauteur de ses usages ?

(paru originalement dans la Gazeta papier de début septembre)

Située à une quinzaine de kilomètres au nord de Clermont-Ferrand, la gare de Riom – Châtel-Guyon est aujourd’hui un point de passage clé pour de nombreux voyageurs du Puy-de-Dôme. Fréquentée à la fois en semaine par des Clermontois en quête de praticité, et le week-end par des habitants de la région ou des touristes de passage, elle attire – mais ne retient pas. Face à cette fréquentation réelle, croissante et stratégique, une question se pose : les aménagements de la gare sont-ils à la hauteur de ses usages ?

Gare de Riom - Châtel-Guyon

Un nom, deux villes… et une gare impersonnelle

Petite anecdote révélatrice : la gare porte le nom complet de Riom – Châtel-Guyon, alors qu’elle est située à Riom, à plus de deux kilomètres du centre de Châtel-Guyon. Pourquoi ce double nom ? Historiquement, c’est une tentative de valoriser la proximité de la station thermale. Mais pour beaucoup d’usagers, ce nom prête à confusion. « Moi, je dis juste « la gare de Riom », parce que je n’ai jamais compris pourquoi Châtel-Guyon était là. Il n’y a rien qui y mène directement depuis la gare », remarque un habitué. Ce détail illustre bien un malaise plus large : la gare semble n’appartenir vraiment à personne, ni à Riom, ni à Châtel-Guyon, ni à ses usagers. Elle est utile, mais elle n’a pas d’âme.

Une gare sans quartier, une attente sans vie

Autour de la gare, rien ne s’organise. Pas de quartier de gare, pas de cafés accessibles, pas d’activités. Même le seul commerce agréable, « Le Petit Bonheur », est trop éloigné pour s’y rendre à pied avec une valise ou entre deux correspondances. Et quand le Clermont-Ferrand – Paris est en retard – ce qui arrive fréquemment –, les voyageurs n’ont d’autre choix que d’attendre dans un hall vide, ou sur le quai, téléphone à la main.

Et si une gare était plus qu’un point de départ ?

Riom est une ville belle et vivante. Elle mérite une gare à sa hauteur, un espace accueillant, lisible, vivant. Pas seulement un quai technique ou un nom maladroitement partagé entre deux communes. Alors posons la question autrement : Une gare ne devrait-elle pas être un lieu de rencontre, un espace de vie, et un symbole d’hospitalité autant que de mobilité ? Riom mérite mieux. Et ses voyageurs aussi.

Chantal

L’éducation contre la prison

(paru originalement dans la Gazeta papier de début septembre)

Victor Hugo disait « Ouvrez des écoles, vous fermerez des prisons ». Malgré l’école devenue obligatoire, les prisons se sont multipliées et restent fermées.

Nous voulions ouvrir les portes de la prison, rendre visible ce qui est caché derrière les murs barbelés et les portes cadenassées. Recréer ce lien rompu entre ceux du dedans et ceux du dehors. Faire ce que l’on sait faire, de l’éducation populaire, en prison. Deux solutions pour entrer : se faire coffrer, ou être validés par l’administration pénitentiaire. Si nous avons exclu d’emblée la première, nous avons dû écarter la seconde pour le moment. Les associations qui entrent en prison sont triées sur le volet, et doivent montrer patte blanche. Pas de politique ! Le GENEPI en a fait les frais en 2021 : les étudiants bénévoles qui tenaient des ateliers éducatifs ont du cesser leurs activités. Leur tort ? Ne pas cautionner le système carcéral. En France, on ne peut pas entrer en prison et critiquer la prison. Exception faite de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonneau, une voix précieuse, puissante, mais bien isolée, qui ose témoigner et dénoncer ce qu’elle voit entre les murs.

Une autre association marche dans les pas du GENEPI, Albin. Leur stratégie est différente, ils ont choisi de se plier à la règle de neutralité. Pour agir sur le terrain, il faut faire ce compromis, suspendre son jugement, restreindre son ambition. Le principe : des maîtres de conférences offrent des cours aux détenus volontaires. Ca paraît simple, c’est pourtant délicat, il ne faut surtout pas se mettre à dos la Pénitentiaire. Quitte à être des supplétifs, à servir de caution pour une administration française condamnée par la CEDH en 2020 pour traitements inhumains et dégradants. Il est difficile d’imaginer que la situation s’est améliorée depuis, vu la victoire médiatique des discours autoritaires. D.Simonneau, invitée par Albin, l’affirme haut et fort : les politiciens savent mais ne font rien, par lâcheté ! On préfère donner des subventions à quelques associations qui font illusion, plutôt que de changer une structure intouchable, un Etat (autoritaire) dans l’Etat (lui-même de plus en plus autoritaire). Après tout, n’est-ce pas le destin de toute association de servir de béquille à un Etat défaillant et maltraitant ? Mais soyons fiers de cette réussite riomoise, cette association basée à Clermont-Ferrand a débuté ses actions dans la prison de Riom et a pris en quelques années une ampleur nationale.

Alors que faire ? Si l’éducation universitaire affronte de tels obstacles, imaginez l’éducation populaire ! Il n’y a pas de démocratie en prison, c’est le règne du capitalisme autoritaire, où face à la toute puissance de l’administration, chacun tente de tirer son épingle du jeu. Impossible de rentrer, donc nous avons pensé un atelier pour nous éduquer nous-mêmes : « La prison, vue du dehors ». Après avoir essuyé un refus de la Médiathèque RLV – « sujet trop politique » – le Centre Social nous a hébergé en s’assurant que nous n’évoquerions pas les élections. Nous avons alors invité des gens qui y étaient rentrés, bon gré ou mal gré. On a discuté de ce qu’on imaginait, de ce qui s’y passait vraiment, de ce qu’on pourrait faire nous, depuis à côté. On s’est révoltés face à l’indignité des conditions de vie, de l’isolement physique, de la destruction psychologique par l’Etat de ses « mauvais » citoyens. On a rigolé (jaune) en visionnant l’indécence d’un journaliste local qui lui a obtenu le pass : complaisant avec l’administration, méprisant avec les détenus, il a fait le buzz en racontant sa visite au zoo, fuyant comme Darmanin en mai sous la bronca du peuple prisonnier. L’Etat et les médias, coupables et complices. Notre éducation populaire sur la prison ne faisait que commencer, nous allions désormais tenter de comprendre comment les gens échouaient au Monopoly social : la case prison…

Thomas